Décollage d’un document de son support

Le décollage des documents :

Très souvent, le restaurateur se trouvera confronté au problème du décollage avant toute autre intervention. Il ne pourra pas intervenir pour restaurer des déchirures, nettoyer, désacidifier, combler des manques sans décoller le support au préalable.
Car les encadreurs, particulièrement au 19ème et 20ème siècles ont pris l’habitude de coller les œuvres afin quelques soient bien plates.

Colles de pâte, colles de peau, colles vinyliques ou autres scotchs, double-faces, kraft, tout y passe, adhésifs réversibles ou non. Il fallait que cela soit le plus plat et le plus tendu possible, qu’importe si le papier doit pouvoir bouger puisqu’il s’allonge et se rétracte selon les variations hygrométriques. Pire encore,  les documents n’auraient, peut-être,  pas eu besoin de restauration si, leur collage sur des matériaux acides, n’avait pas nuit à leur conservation. Les piqûres, taches de foxing ou brunissements généralisés sont souvent dus  à l’utilisation de mauvais cartons. D’autres facteurs interviennent également (lumière, humidité, polluants, etc). Mais ces adhésifs divers jaunissent et laissent des marques souvent indélébiles. Le décollage est donc souvent l’étape obligée avant toute restauration.

Exemple d’une aquarelle et gouache  collée sur un carton acide.

décollage d'une aquarelle collée sur carton acide avant restauration
décollage d'une goauche collée en plein sur un carton acide, moisissures et mouillures.

Détail avant décollage, la partie basse est moisie et donc très fragilisée.

 decollage d'oruvres sur papier collées en plein

 Détail du document, partie moisie.

decollage, nettoyage papiers, dessins, aquarelles

Dos de l’oeuvre pendant  le décollage 

Le carton est pelliculé au scalpel, épaisseur après épaisseur

detail de la gouache avant decollage

detail de l'aquarelle decollée apres nettoyageDétails de l’aquarelle après décollage avant restauration.

Le restaurateur pourra donc après le décollage procéder au nettoyage de l’œuvre avant son doublage sur un papier de renfort, japon 22gr. Après séchage, il pourra combler les manques de matières et reprendre  le graphisme.
gouache apres decollage et restauration
 Il est très difficile pour le restaurateur d’estimer le coût du décollage lors du devis. En particulier, lorsqu’il s’agit de colles récentes et que le document est fragilisé de par son état de conservation : déchirures, moisissures, document ayant été blanchi, papier de pâte mécanique fragilisé etc. Très souvent, l’étape du décollage se révélera cruciale dans le processus de restauration.

Restauration d’une aquarelle de Marie Laurencin. Décollage et nettoyage d’une aquarelle.

 

 

Restauration d’une aquarelle de Marie Laurencin. Décollage et  nettoyage.

 nettoyage aquarelle de Marie Laurencin, aquarelle collée sur des cartons acides

Etat, avant décollage et nettoyage, de l’aquarelle :

Cette aquarelle est collée en plein sur un carton, le passe-partout est également collé sur le carton de fond. Le papier a beaucoup jauni, oxydé au contact de cartons acides. cela dénature les couleurs du graphisme. Or, dans ces là, le restaurateur craint toujours qu’un encadreur peu soucieux est également mis de l’adhésif sur l’oeuvre.
Il s’agira donc  de déchirer  le passe doucement  pour mettre à jour les bords de l’œuvre. Et il faudra que l’arrachement soit très délicat de façon à laisser une épaisseur de carton sur l’oeuvre si celle-ci était également encollée.

 

aquarelle collée sur carton avec passe partout collé sur le fond et les bords du doc

Démontage de l’aquarelle :

On peut apercevoir sur ce détail : le timbre à sec de l’atelier de Marie Laurencin. On se rend compte de l’altération des couleurs, le carton ayant empêché l’action aggravante de la lumière. Mais malheureusement, on découvre également que des points de colle sont posés sur le document.
Le démontage, partie essentielle de la restauration de l’aquarelle, va être délicat tant au recto qu’au verso.
Le restaurateur va enlever le maximum de matière au scalpel avant de ramollir les adhésifs avec des gels. Au verso, il va peliculer le carton avant de tester si un décollage en bain est réalisable.

 

 

Restauration d'une aquarelle de Marie Laurencin, collée sur un carton et oxydée.

Détail de l’aquarelle, en cours de décollage avant de procéder au nettoyage et désacidification:

Le passe-partout a malheureusement été collé sur une bonne partie de l’œuvre elle-même. La situation est toujours délicate dans ces cas là car le restaurateur ne voit pas les moins de collage. Après décollage et tests de la solidité des pigments, l’aquarelle sera lavée plusieurs fois dans des bains aqueux pour extraire le plus possible de résidus jaunes dus à l’oxydation. L’autre difficulté et « risque » consiste dans ce cas là dans la signature manuscrite. A l’encre ou à l’aquarelle peu diluée, pour plus de sécurité le restaurateur appliquera, à l’aide d’un pinceau très fin, un fixatif qui sera retiré après séchage.

 

Aquarelle après décollage et nettoyage.

Aquarelle après restauration

Cette aquarelle de Marie Laurencin a retrouvé ses couleurs. La dominante jaune ayant été enlevée, les teintes ont repris leurs nuances originelles. Le décollage et le nettoyage de cette œuvre permettront sa conservation, à la condition qu’elle soit désormais conservée dans de bonnes conditions.  c’est à dire : matériaux de bonne qualité, hydrométrie relative stable (proche de 50%) pour une température autour des 20°et protection contre les rayons infra-rouges et ultraviolets …
Et, si elle devait être ré encadrée, il faudra que l’encadreur utilise des matériaux de qualité conservation ou museum. Le collage des documents étant, bien évidemment prohibé, il utilisera de fines bandes de papier japon pour la fixer sur le carton de support ou des adhésifs spécialement conçus pour la conservation des documents. Un papier vit et bouge. Il se tend et se détend. rien ne sert de vouloir chercher l’extra plat par des tendages ou des collages qui ne feront que dégrader l’œuvre.

Restauration d’une aquarelle de Winterhalter

Restauration d’une aquarelle. 

aquarelle avec piqûres, taches, nettoyageEtat de conservation de cette aquarelle de Winterhalter :

Cette aquarelle se présente fixée par du papier kraft sur son passe partout. On note un léger jaunissement de la feuille et de très grosses taches d’oxydation qui dénature le graphisme de ce joli portrait.  Ces piqûres sont dues à l’altération de la cellulose par oxydation au contact de matériaux acides. Le passe-partout comme le fond de l’encadrement ont été réalisés dans cartons très acides.

aquarelle avec des taches avant nettoyage

            Aquarelle avant restauration. Victoria, princesse royale, par Winterhalter 

aquarelle après restauration, nettoyage, encadrementDétail de l’aquarelle après restauration.

Procédure de restauration de l’aquarelle 

Après démontage, et avant toute opération, le restaurateur va tester la solidité des couleurs et de l’encre de la signature pour voir s’il peut envisager un nettoyage.
Après un léger gommage à la gomme en poudre, le restaurateur va utiliser un fixatif sur les couleurs. la restauration de l’aquarelle consistera alors en plusieurs bains aqueux avant séchage pour voir le résultat. Une opération de nettoyage avec un agent oxydant suivie d’une neutralisation et de rinçage suivra. Séchage, avant de retirer le fixatif. Puis le restaurateur procédera à une mise à plat et consolidation à la tylose MP 300 avant de retirer le fixatif.

 

 

restauration et encadrement aquarelle de winterhalter

     Aquarelle après restauration

Encadrement  après restauration.

Un autre passe-partout dans le même esprit a été réalisé sur un carton de qualité museum avant ré encadrement sur cartons museum avec un verre anti UV.

Bien que la procédure de restauration soit délicate, on peut envisager de mouiller les aquarelles contrairement aux gouaches. En effet, si les deux sont composées de liants et de pigments, l’aquarelle ne comporte pas de charge et est utilisée très diluée. les pigments pénètrent alors profondément le papier et sont souvent presque indélébiles quand il n’y a pas d’épaisseur de matière et que l’aquarelle est de bonne qualité.

Les tests et la prudence restent de mise et les procédés chimiques ne sont à utiliser que lorsque que l’esthétisme du document est profondément affecté. Le restaurateur d’aquarelle s’entretiendra avec le possesseur de l’aquarelle en l’informant des  conséquences sur le papier. En tout état de cause, une désacidification et un encadrement conforme aux exigence de la conservation sont nécessaires pour stopper les dégradations.

Restauration d’une aquarelle

Restauration d’une aquarelle oxydée, taches de foxing et moisissures.

Nettoyage d’une aquarelle, traits d’encre.                     

Blanchiment chimique d’une aquarelle

blanchiment d'une aquarelle. restauration

Etat de conservation avant restauration : 

Cette  aquarelle est très oxydée et très sale, on note également des moisissures en partie basse, le restaurateur envisagera un nettoyage. Les  taches proviennent d’une altération de la cellulose du papier par hydrolyse et oxydation.

Ces dégradations apparaissent sur de nombreux papiers. Sur des papiers fabriqués à partir de linters de coton, les colorations sont très accentuées. si des facteurs internes peuvent jouer, présence d’un encollage du papier à la colophane par exemple, ce sont surtout des facteurs externes qui provoqueront ces dégradations, la plus fréquente des causes est l’encadrement avec des cartons acides. Puis, la lumière, l’humidité, la chaleur, les polluants atmosphériques, nocifs en eux-mêmes pour le papier, accéléreront le processus.et couleurs rousses 

 Aquarelle  avant  blanchiment

Procédure de restauration : 

blanchiment d'une aquarelle, les risques ?

Nettoyage et blanchiment

Le restaurateur commencera par éliminer dans un endroit ventilé les moisissures. Puis, il procédera, si comme c’est le cas ici, il n’y a pas de mine de plomb, à un nettoyage à la gomme en poudre. Puis tous les coloris et l’encre seront testés pour voir s’ils peuvent résister à l’eau et à fortiori à un nettoyage chimique. Un fixatif sera posé sur les couleurs les plus sensibles au recto et au verso en prenant soin de ne pas dépasser le graphisme pour ne pas créer d’auréoles.

L’aquarelle sera ensuite lavée plusieurs fois dans une eau claire jusqu’à ce que tout le « jus jaune » soit extrait, l’eau étant un excellent solvant. Séchage et selon le résultat, le restaurateur entamera une procédure de blanchiment avec un agent oxydant, un réducteur et de nombreux rinçages. Suivra, l’enlèvement du fixatif, un apport d’un consolidant et une mise à plat sous presse.

Aquarelle après restauration

Le mot est écrit : blanchiment. 

Car le mot est tabou même si tous les restaurateurs  pratiquent le blanchiment à des degrés divers. Pourquoi tabou ? Parce que toutes les études prouvent que les réactions d’oxydo-réduction nécessaire au blanchiment et à ce type de nettoyage diminue la résistance mécanique du papier. La dégradation est cependant variable selon les produits et les procédures utilisées et ne devra jamais être employée sans en avertir au préalable le client et seulement en cas d’absolue nécessité.  Comme les blanchiments sont plus ou moins  destructeurs de la cellulose du papier, on se contente pudiquement de parler de nettoyage. Pourtant, nul nettoyage seulement aqueux sur ce type de papier de linters de coton n’enlèvera des rousseurs aussi marquées. Même si un simple nettoyage aqueux si les pigments le supportent peut grandement améliorer l’aspect esthétique des aquarelles.

Les quantités de produits chimiques seront les plus faibles possibles et l’ aquarelle sera rincée de nombreuses fois.
L’opération comporte, comme cela a été dit  un affaiblissement de la solidité de la feuille de papier et des risques quant aux coloris de l’œuvre. C’est une opération uniquement utilisée à des fins esthétiques, on ne peut parler à proprement parler de restauration.

On ne doit jamais suivre les recettes délivrées sur internet du type eau de javel du commerce et citron sans risquer d’abîmer définitivement les documents. Même, si parfois, cela  peut ne pas se voir immédiatement, les résidus de chlore, par exemple, continueront à dégrader la cellulose jusqu’à un point où la feuille deviendra très molle avant d’être détruite.

Restauration d’une gravure au burin

Décollage, nettoyage aqueux, doublage, restauration des lacunes d’une gravure au burin sur cuivre

Gravure collée sur carton, moisissures, rouilles trous manque

Etat de la gravure avant restauration :

Ce document se présente collé sur un support, on distingue mal sur la photo, plusieurs manques dans  les marges. La gravure est moisie dans sa partie  basse à droite, le papier est très fragilisé et s’est  même dédoublé, il manque le coin inférieur droit.  On note  également les traces rouillées des punaises  ainsi  qu’un encrassement généralisé. La restauration consistera en premier lieu par un décollage et un nettoyage aqueux.

Restaurateur de gravures, nettoyage et restauration gravure au burin

Détail de la gravure avant restauration 

Gravure après décollage, nettoyage, doublage sur papier japon, 11 gr à la colle d’amidon. Le doublage va assurer la solidité des parties moisies très affaiblies. On voit, après le décollage, tout les lacunes que le restaurateur reprendra grâce à une greffe de papier de la même époque et mis à la teinte.

gravure au burin apres intervention du restaurateur de papier

  Gravure au burin après restauration 

Détail de la restauration de la gravure : la greffe de papier est à peine visible.

En utilisant un papier de la même époque, le restaurateur optimise les chances pour que le document d’origine et la gravure « vieillissent » de la même façon si la gravure  devait ne pas être conservée dans de bonnes conditions et se dégrader ultérieurement. L’aspect esthétique, même surface, même couleur jouant également.

La gravure au burin, quelques notions :

La gravure au burin fait partie des procédés de gravure dits « en creux » selon l’endroit où l’on met l’encre dans la plaque pour imprimer. Celle-ci est donc enfoncée dans les tailles creusées par l’outil : le burin avant que la plaque de cuivre ne soit essuyée avec une tarlatane pour que l’encre ne déborde pas sur les parties restants vierges à l’impression.

On parle également de taille « directe » puis ce que c’est le burin qui creuse directement la plaque (contrairement aux eaux-fortes où c’est l’acide qui va entamer le cuivre, taille indirecte).

Ensuite, à l’aide d’une presse de taille-doucier, le papier humidifié ira chercher l’encre dans les creux du cuivre.

La spécificité du burin consiste dans des tailles très nettes, il est difficile de creuser le cuivre directement ce qui suppose un travail graphique très élaboré, les tailles sont croisées, parallèles, intercalées pour évoquer les ombres tout en créant les volumes. La force nécessaire pour entailler le cuivre fait que le graveur pousse le burin ; pour les courbes, il tourne la plaque de cuivre posée sur un « coussin ». Le burin creuse en incisant le cuivre et laissant des copeaux qui seront enlevés de la plaque. Le trait est distinctif, il commence par une taille en v et se termine de la même manière à la sortie de l’outil de la plaque.

C’est une technique d’une grande diversité plus souvent exploitée au XVI ème, XVIIème et au XVIIIème siècles, un peu tombée en désuétude après, en partie compte-tenu de sa difficulté. Certains graveurs y sont revenus avec bonheur au XXème