Conservation et restauration de documents graphiques

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Restauration d'une manière noire :

Restauration d'une gravure à la manière noire collée sur un carton acide.

Restauration d’une manière noire : Un encadreur ancien a malheureusement découpé les marges de cette estampe avant de la coller sur un carton acide puis il a collé un passe partout sur le document. Le papier est un peu froissé dans les angles  là où il y a des points de colle et il y a de légers manques dans l’encre du graphisme. On note également quelques déchirures an partie supérieure. Pour des raisons esthétiques comme pour une conservation ultérieure du document, le restaurateur doit décoller l’estampe. Cela permettra un nettoyage aqueux qui rendra un peu de contraste à cette manière noire et qui permettra de rétablir un PH acceptable sur une œuvre réalisée sur un papier chiffon ancien. Pour ce faire,  comme il s’agit d’un collage par points, il commencera par éliminer tout le carton autour des points de colle. 

Manière noire en cours de de restauration.

On se rend compte ici que l’encadrement a été collé sur une partie, gravée à l’eau-forte, de l’estampe !  On aperçoit un petit manque dans la partie droite. Pour ne pas prendre de risques au décollage, les morceaux de cartons et les colles seront ramollis à l’aide de cataplasmes de gel de tylose avant le lavage et le décollage des résidus au verso.

La manière noire sera ensuite lavée dans plusieurs bains aqueux avant d’être ré encollée à la methylcellulose.  S’en suivra un séchage sous poids à l’aide d’intissés renouvelés fréquemment. Après ces étapes, le restaurateur réparera la lacune en utilisant un papier chiffon de même nature.  Puis il consolidera  les déchirures au papier japon avant de faire quelques retouches dans le graphisme.

Manière noire après restauration

Quelques mots sur cette technique de la manière noire :

Dans certains articles précédents, il a été question de différentes techniques de gravure : l’eau-fortel’aquatintele burin.
La manière noire est une façon de graver le cuivre très particulière. C’est une technique dite de taille directe comme le burin, la pointe sèche ou le pointillé.
Mise au point au milieu du XVII siècle, elle veut à l’instar de l’aquatinte ou de la gravure à la roulette reproduire un effet dessiné ou peint. Sans les techniques de hachures ou de traits croisés du burin ou de l’eau-forte, elle permet de réaliser comme des effets de lavis d’encre ou d’aquarelle. 
La plaque de cuivre est grainée d’une multitude de petits trous réalisés à l’aide d’un berceau, lame de forme arrondie hérissée de petites pointes. Cette dernière permet de réaliser une multitude de petits trous dans la plaque de cuivre.
Si l’on encrait et imprimait cette plaque, avant que le graveur ne réalise son dessin par effacement des creux,  on aurait une épreuve tirée, d’un noir uni profond et velouté.

Le dessin sera réalisé par l’écrasement de ces petits creux avec des brunissoirs afin d’obtenir des creux plus ou moins profonds. Moins le grainage sera accentué, moins il retiendra d’encre d’impression et plus il tendra vers le gris.  Plus les trous seront aplanis par les outils du graveur plus le résultat ira vers le blanc.
C’est, on le voit, une technique complexe et admirable. Peu d’artistes ont pu la maîtriser sans avoir besoin de se servir de traits à l’eau-forte ou au burin pour en redéfinir les contours. Demarteau en France et Hogarth en sont de remarquables exemples.

La gravure à la manière noire est redevenue active au XXème siècle avec des artistes très techniques comme 
WatanabéAvati, etc.
Le résultat est si parfait que nombre de néophytes pensent regarder une impression photographique plutôt qu’une estampe réalisée à l’aide d’une plaque de cuivre encrée et imprimée sur papier.


  

Manière noire de Watanabe

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