Décollage et nettoyage de dessins

 

Décollage et nettoyage d’un dessin d’après Mucha.

dessin de Mucha avant décollage, nettoyage et restauration

Ce dessin est en fait un poncif percé d’une multitude de petites trous. De Mucha ou d’après lui, les experts le diront. C’est en tout cas une figure dessinée  par l’artiste mais réutilisée à,des fins commerciales sans l’autorisation de l’artiste. Il s’agit du panneau décoratif « Brunette » faisant partie du diptyque dit des figures byzantines. Poncif pour la réalisation d’un plat  décoratif ?

Sur cet exemplaire, on voit  des ébauches de motifs floraux. Une petite frise aquarellée aux motifs de cyclamens est collée à coté. L’harmonie des couleurs de ce dessin (si elle n’est pas de l’artiste) correspond pourtant bien à des teintes que Mucha a pu associer dans d’autres œuvres

Etat du dessin avant décollage et nettoyage :

Ce dessin est collé sur une feuille de papier bleu. Il s’agit probablement d’une colle de pâte qui a jauni dans le temps et a laissé de grosses taches brunes dans le graphisme. Mais comme il s’agit d’un dessin à la mine de plomb, le restaurateur peut envisager un décollage aqueux. Le papier est froissé et il y a également des taches graisseuses et des taches d’aquarelles.
L’aquarelle présentera plus de difficultés. Une immersion longue dans l’eau était inenvisageable car les pigments se sont révélés peu stables après avoir été testés. Le restaurateur choisira, donc, d’enlever la plus grande partie du papier au scalpel. Puis, il utilisera des cataplasmes de gel de synthèse pour ramollir et décoller le document.
Verso d'un dessin de Mucha, en cours de décollage et de restauration

Dos du dessin en cours de décollage.

Au dos du dessin qui n’est collé que par point, on voit nettement le motif du poncif apparaître. Et, on aperçoit des esquisses d’autres motifs à la mine de plomb et à l’encre.

Dessin après décollage, nettoyage et restauration.

Le dessin après un nettoyage dans un bain aqueux et mise à plat à retrouver sa beauté originelle. Mais quelques petites traces d’aquarelle subsistent, malgré un traitement ponctuel sur ces taches. La difficulté aura été la mise à plat du document, le restaurateur voulant effacer le moins possible les reliefs laissés par les perforations qui font partie de l’histoire de ce dessin.

 

restauration d'un dessin de Mucha Lithographie telle qu’elle a pu être imprimée à l’époque d’après l’œuvre de Mucha.

 

Restauration d’une aquarelle

Restauration d’une aquarelle oxydée, taches de foxing et moisissures.

Nettoyage d’une aquarelle, traits d’encre.                     

Blanchiment chimique d’une aquarelle

blanchiment d'une aquarelle. restauration

Etat de conservation avant restauration : 

Cette  aquarelle est très oxydée et très sale, on note également des moisissures en partie basse, le restaurateur envisagera un nettoyage. Les  taches proviennent d’une altération de la cellulose du papier par hydrolyse et oxydation.

Ces dégradations apparaissent sur de nombreux papiers. Sur des papiers fabriqués à partir de linters de coton, les colorations sont très accentuées. si des facteurs internes peuvent jouer, présence d’un encollage du papier à la colophane par exemple, ce sont surtout des facteurs externes qui provoqueront ces dégradations, la plus fréquente des causes est l’encadrement avec des cartons acides. Puis, la lumière, l’humidité, la chaleur, les polluants atmosphériques, nocifs en eux-mêmes pour le papier, accéléreront le processus.et couleurs rousses 

 Aquarelle  avant  blanchiment

Procédure de restauration : 

blanchiment d'une aquarelle, les risques ?

Nettoyage et blanchiment

Le restaurateur commencera par éliminer dans un endroit ventilé les moisissures. Puis, il procédera, si comme c’est le cas ici, il n’y a pas de mine de plomb, à un nettoyage à la gomme en poudre. Puis tous les coloris et l’encre seront testés pour voir s’ils peuvent résister à l’eau et à fortiori à un nettoyage chimique. Un fixatif sera posé sur les couleurs les plus sensibles au recto et au verso en prenant soin de ne pas dépasser le graphisme pour ne pas créer d’auréoles.

L’aquarelle sera ensuite lavée plusieurs fois dans une eau claire jusqu’à ce que tout le « jus jaune » soit extrait, l’eau étant un excellent solvant. Séchage et selon le résultat, le restaurateur entamera une procédure de blanchiment avec un agent oxydant, un réducteur et de nombreux rinçages. Suivra, l’enlèvement du fixatif, un apport d’un consolidant et une mise à plat sous presse.

Aquarelle après restauration

Le mot est écrit : blanchiment. 

Car le mot est tabou même si tous les restaurateurs  pratiquent le blanchiment à des degrés divers. Pourquoi tabou ? Parce que toutes les études prouvent que les réactions d’oxydo-réduction nécessaire au blanchiment et à ce type de nettoyage diminue la résistance mécanique du papier. La dégradation est cependant variable selon les produits et les procédures utilisées et ne devra jamais être employée sans en avertir au préalable le client et seulement en cas d’absolue nécessité.  Comme les blanchiments sont plus ou moins  destructeurs de la cellulose du papier, on se contente pudiquement de parler de nettoyage. Pourtant, nul nettoyage seulement aqueux sur ce type de papier de linters de coton n’enlèvera des rousseurs aussi marquées. Même si un simple nettoyage aqueux si les pigments le supportent peut grandement améliorer l’aspect esthétique des aquarelles.

Les quantités de produits chimiques seront les plus faibles possibles et l’ aquarelle sera rincée de nombreuses fois.
L’opération comporte, comme cela a été dit  un affaiblissement de la solidité de la feuille de papier et des risques quant aux coloris de l’œuvre. C’est une opération uniquement utilisée à des fins esthétiques, on ne peut parler à proprement parler de restauration.

On ne doit jamais suivre les recettes délivrées sur internet du type eau de javel du commerce et citron sans risquer d’abîmer définitivement les documents. Même, si parfois, cela  peut ne pas se voir immédiatement, les résidus de chlore, par exemple, continueront à dégrader la cellulose jusqu’à un point où la feuille deviendra très molle avant d’être détruite.

Nettoyage, désacidification

Nettoyage et désacidification des œuvres sur papier. 

Exemple d’une gravure au burin :

Nettoyage d'une gravure au burin, représentant Louis XIV

Nettoyage d’une gravure sur papier chiffon ancien.

Cette gravure de grand format, se présente très jaunie, le papier est mou.
Ce type de jaunissement est du principalement à des réactions d’oxydation de la cellulose du papier. Elles interviennent  lors de mauvaises conditions de stockage ou d’encadrement. Celle-ci produit, entre autre chose, cette coloration, parfois des rousseurs et une acidification du papier. Selon le type de papier, chiffon, pâte chimique, pâte mécanique, mixte, ou papier de linters de coton, les altérations visibles n’apparaîtront pas de la même manière.

gravure après nettoyage et désacidification, le nettoyage aquex donne de bon résultat

Gravure après nettoyage :

Le nettoyage des gravures imprimées sur papier chiffon avec des encres grasses, consiste  en un nettoyage dans plusieurs bains d’eau successifs.
Dans certains cas, on pourra choisir d’alcaliniser légèrement les bains aqueux ou de proposer un nettoyage, à visée esthétique, dit blanchiment à l’aide de produits chimiques. Mais, dans le cas des gravures imprimées sur papier chiffon, l’eau suffira souvent à dissoudre les composés colorés et à rétablir un PH acceptable pour une bonne conservation du document.

Gravure avant nettoyage   

gravure ancienne, gravure au burin avant nettoyage

Gravure après nettoyage 

Dans cette autre exemple de nettoyage de documents, on voit bien comment la gravure retrouve la force des contrastes. Dans ce cas présent, le restaurateur, avec l’aval de son client, a fait suivre le nettoyage aqueux d’une procédure de blanchiment, les rousseurs et l’auréole ayant résisté au nettoyage aqueux. Mais c’est une procédure qui ne se justifie qu’à des fins esthétiques et qui mérite la plus grande vigilance. Les produits utilisés seront utilisés aux doses les plus faibles possibles, suivis de neutralisateurs et de rinçages successifs. Enfin, pour consolider le papier, le restaurateur pourra ré encoller le document soit en bain soit au pinceau avec une colle de restauration apportant une réserve alcaline pour éviter ou ralentir de nouveaux processus d’oxydation.

 

Nettoyage d'une lithographie, mise à plat. 

 

Nettoyage d’une lithographie imprimée en couleur.

 

Ce document, très froissé est imprimé en couleur, les couleurs d’impression sont résistantes à l’eau et très souvent également aux traitements chimiques. Le nettoyage en bain aqueux permettra également l’effacement des plis. Et, pour plus d’efficacité, il sera suivi d’une mise à plat par massage du document à la colle de méthycellulose MH 300P.
Le nettoyage « d’une pâte chimique », papier de la lithographie ci dessus est assez simple, les dégradations dues à l’oxydation laissant sur ce type de papier des taches assez peu marquées.

 

eau-fotre et aquatinte en couleur sur papier dérivé de coton. Couleurs d'impression

nettoyage d'une eau-forte rehaussée d'aquatinte, résultat après nettoyage

Document avant nettoyage : gravure en couleur à l’aquatinte                  Après nettoyage chimique.

Nettoyage et désacidification d’une eau-forte ré haussée en couleur sur un papier dit « dérivé de coton ». Papier fabriqué à partir de la fin du XVIème siècle.
Contrairement, aux exemples précédents, les documents imprimés sur ce type de papier présenteront une couleur due à l’oxydation de la cellulose beaucoup plus marquée. Et on rencontrera sur ce type de papier des taches de foxing (dite piqûres) beaucoup plus marquées. Souvent, si le papier a été teinté où si le foxing touche les couleurs d’impression, le restaurateur de documents pourra les enlever, à l’aide de réactions d’oxydo-réduction, le plus souvent nécessaire sur ce type de papier, mais cela laissera parfois des traces  blanches là où le papier était marqué de foxing.
Dans le cas de ce nettoyage, le document très jauni présentait également des mouillures ainsi que des salissures diverses et des traces de rouille.

 

 

Restauration d’eau-forte

Restauration d’eau-forte

eau-forte, restauration d'eau-forte, gravure avant nettoyage

          Gravure à l’eau-forte avant restauration

restauration d'eau-forte, auréole sur gravure

        Détail de l’eau-forte avec une grande auréole.

 Etat de conservation de l’eau-forte avant restauration :

Il s’agit ici d’une eau-forte aciérée  sur un papier de pâte dite « chimique ».
La cellulose s’est oxydée suite à une mauvaise conservation. C’est pourquoi le papier est roux et présente ces piqûres dites taches de foxing. L’eau-forte présente, par ailleurs, une auréole importante et de nombreuses petites déchirures en périphérie. La gravure est également très poussiéreuse.

 Procédure de restauration de l’eau-forte :

Le restaurateur commencera  par un nettoyage à la gomme en poudre, afin d’éliminer le plus de poussières et de salissures possibles.
L’eau-forte sera ensuite lavée à l’eau pure avant séchage.
Après ce séchage, le restaurateur peut voir si une intervention supplémentaire est nécessaire, le papier s’éclaircissant en séchant.
Ici, cela sera le cas et on fera le choix d’un nettoyage chimique. Ce dernier sera suivi de rinçages et d’un ré encollage et séchage sous poids. Enfin les déchirures seront réparée à l’aide de papier japon et d’une colle réversible.
 

  Gravure à l’eau forte aciérée après restauration

 La gravure à l’eau-forte, quelques notions :

L’eau-forte fait partie des procédés de gravure en creux, l’encre d’impression se situant dans les tailles de la plaque de cuivre.

On parle également de taille indirecte car c’est l’acide (eau-forte) qui creusera le cuivre et non directement la main comme pour le burin ou la pointe sèche.

Pour ce faire le graveur recouvre la plaque de cuivre d’une couche de vernis dur. Ce vernis sera gravé avec une pointe pour laisser le cuivre à nu. Puis, il plonge la plaque dans l’acide qui mord (creuse) le métal apparent. La profondeur de la taille dépendra du temps passé dans l’acide.

Le graveur peut procéder par étape, protégeant une partie de son dessin d’une couche de vernis, après rinçage, s’il ne souhaite pas de morsure plus profonde. Cela lui permettra par exemple de différencier par exemple un lointain plus  pâle et d’un premier plan plus accentué.

Après ces opérations, la plaque sera débarrassée de son vernis, encrée et utilisée sous la presse avec un papier humidifié pour tirer une épreuve d’essai ou un état avant d’éventuelles modifications.

Comment reconnaître une forte ? 

En comparaison du burin, la technique permet plus de facilité dans le dessin, le vernis s’entamant facilement. Le trait sera souvent plus souple, il y aura plus de détails, souvent moins de tailles croisées ou parallèles comme on le ferait d’un dessin.
A la loupe, on verra que le trait est moins net qu’au burin, l’acide en creusant fait comme un « bouillonnement » sur le cuivre. D’ailleurs, le graveur d’ailleurs prend garde à ce que  de grosses bulles ne se forment pas pendant le bain. A l’impression, le papier humidifié va chercher, sous la presse, l’encre dans les tailles.  C’est la raison pour laquelle, après séchage, le relief de l’encre est plus ou moins sensible sous les doigts comme dans les autres procédés de gravure en creux.Que veut dire : « gravure aciérée » ? Le cuivre est la matière de prédilection du graveur de par sa souplesse, mais, en étant un métal relativement tendre, il peut s’user et s’écraser. Afin de protéger les plaques, pour l’histoire (chalcographie du Louvre par exemple) ou pour tirer de nombreux exemplaires comme dans le cas présent,  le cuivre est recouvert par galvanoplastie d’une couche d’acier. C’est ainsi que l’on reconnaît aisément qu’une plaque aciérée a été utilisée, le trait est plus fin (l’acier a comblé en partie les tailles), plus sec et souvent les légendes sont d’une extrême finesse.

Restauration d’une aquatinte

Restauration d’une gravure à l’aquatinte

Gravure à l’aquatinte, imprimée en couleur, avec insertion d’une aquarelle

Aquatinte imprimée en couleurs avec une petite aquarelle réalisée par le graveur.

Aquatinte et aquarelle, gravure collée sur un carton acide Cette gravure à l’aquatinte se présente collée sur un carton acide à la colle vinylique. L’acidité du carton a provoqué une oxydation de la  de la cellulose d’où les taches rousses (foxing, piqûres) et, à la longue, une fragilisation du support papier et une tonalité rousse sur l’ensemble de la gravure. Le document a été également au contact de l’eau d’où une grande mouillure en partie basse. Enfin, le restaurateur se trouve confronté à la difficulté que représente la petite aquarelle en partie basse.

Aquarelle et aquatinte avant restauration                              

Détail de l’aquarelle dans la marge gauche de l’aquatinte 

Après un décollage, le restaurateur pourra envisager le nettoyage de la gravure et de l’aquarelle. Compte-tenu, de la plus grande fragilité de l’aquarelle, en particulier ici avec les teintes soutenues, il faudra envisager une fixation du graphisme de l’aquarelle avant la restauration (nettoyage, blanchiment chimique et neutralisation)

Décollage, nettoyage, blanchiment d'une gravure

Grace à la fixation des pigments, le restaurateur a pu nettoyer l’oeuvre et l’ aquatinte a retrouvé sa fraicheur et ses contrastes. Un encadrement de qualité sur carton museum avec un verre protecteur, antireflet, anti UV si possible, qui ne touche pas le document.

Détail de la gravure, après décollage et restauration

    Aquatinte et aquarelle après restauration

 Détail de l’aquarelle après restauration

 Quelques notions sur l’aquatinte :  dans le cas de cette aquatinte, il s’agit d’une impression en couleurs, il y aura donc une planche par couleur, les verts, par exemple, seront réalisés par deux impressions superposées une de bleu et une de jaune. Le repérage, lors des divers passages sous chaque plaque est donc capital sinon, l’aquatinte sera floutée.
Dans le cas d’une aquatinte imprimée en couleurs, les couleurs d’impression sont à l’encre grasse et ne craignent pas l’eau. Dans 99 % des cas, on peut même envisager, comme ici, un traitement chimique mais, parfois, à l’emplacement des taches de foxing, on peut avoir une décoloration. Si le papier a été teinté et même dans le graphisme, la dégradation de la cellulose entraînant la dégradation des coloris. C’est essentiellement le cas pour les papiers du XX siècle qui dans de mauvaises conditions de conservation et aux contacts de cartons d’encadrement acides, s’oxydent très fortement. Ils deviennent très foncés avec des taches très marquées.