Restauration d’une carte du 16ème siècle

Restauration d’une carte du 16ème siècle. Extraite du Theatrum Orbis Terrarum d'Abraham Ortelius

Abraham Ortell [Ortel, Ortels, Ortelius], né à Anvers, en Belgique, le 14 avril 1527, et mort dans cette ville le 28 juin 1598, est un cartographe et géographe brabançon.

Carte ancienne avant décollage et restauration des déchirures et lacunes.

Cette carte extraite de l’ atlas Theatrum Orbis Terrarum d’Ortelius en 1572, se présente collée sur un support auto-adhésif. 
De grandes déchirures sont maintenues par ce collage, on note que les marges sont très abimées ainsi que le centre de la gravure à l’emplacement de la pliure et de l’onglet qui  maintenait la carte dans l’ouvrage en permettant son ouverture à plat.
Le restaurateur se trouve également face à la difficulté de rehauts faits à la gouache et donc très fragiles car sensibles à l’humidité. Il y a également des manques dans le graphisme et un empoussiérage généralisé.

Sur ce détail, on voit mieux les difficultés que le restaurateur rencontrera. De nombreux manques dans le graphisme, une épaisseur de gouache dans les bordures (couleurs bleues et rouges soutenues) qui rend le traitement délicat, de grandes déchirures ayant altéré le graphisme.
 Une déchirure médiane, car la feuille est en réalité presque totalement coupée en deux et les deux morceaux sont « froissés » et collés en superposition. Une déchirure d’une vingtaine de cm à droite, en partant du centre, sous la pointe de l’Afrique. Et, une autre déchirure à gauche d’une quinzaine de cm.

La procédure de restauration :

Le restaurateur a, tout d’abord, décollé la carte de son support adhésif avec un scalpel et de chaleur puis sur le verso de la carte, il a éliminé les résidus d’adhésif à l’aide de solvants. un léger nettoyage à la gomme en poudre dans les marges a été réalisé.
Et un travail de nettoyage par cataplasmes de gel de synthèse sur les salissures des marges.
A suivi une opération de doublage de la carte sur un japon 16 gr en prenant soin de bien aplanir la partie médiane et en éliminant la superposition existante. Après séchage, le restaurateur a consolidé les grandes déchirures puis effectué des greffes de papier aux endroits où il en manquait. Ensuite les diverses lacunes de la carte ont été mises à la teinte à l’aide d’aquarelle.

L’humidité nécessaire au collage (colle d’amidon pour son pouvoir collant) a permis d’extraire certains composés du à l’oxydation et l’hydrolyse du papier et d’éclaircir sensiblement le document. 

Détails avant et après restauration.

Des greffes de papier ont été réalisées et mises à la teinte. La carte compte tenu du nombre de déchirures a été doublée sur un papier japon à l’aide d’une colle de restauration.

Carte après restauration :

Aquarelle et gouache.

Note : L’aquarelle et la gouache contiennent toutes deux des  pigments et des liants en proportion différentes pour obtenir plus de transparence avec l’aquarelle. Cette dernière étant ensuite très diluée à l’eau pénètre mieux les fibres du papier ainsi lorsque celles-ci s’allongent à l’humidité, la couleur suit l’allongement. Aux pigments et aux liants de la gouache, on va ajouter des agents de charge (talc, kaolin, blanc de zinc …) afin d’avoir une peinture plus opaque et plus épaisse.  
Et comme la gouache reste en surface du papier et possède une certaine épaisseur, elle ne résiste pas au traitements aqueux. Si le papier est mouillé, la couleur ne suivra pas l’allongement du papier et aura tendance à craqueler et à tomber, en plus comme les pigments n’ont pas pénétré le papier et que les charges et liants sont solubles à l’eau, la couleur est beaucoup moins résistante en milieu humide. C’est pourquoi, il est toujours plus délicat de travailler sur les gouaches que ce soit pour des nettoyages ou des mises à plat.